@brivael
Elon Musk a Ă©crit ce matin une phrase que lâĂ©cole vous a appris Ă trouver obscĂšne : « McCarthy was right (obviously). » On vous a enseignĂ© Ă haĂŻr ce nom comme on apprend une table de multiplication, sans jamais vous dire ce quâil avait vu, et câest prĂ©cisĂ©ment pour ça que la phrase dĂ©range encore. Il faut comprendre ce quâĂ©tait sa thĂšse, parce quâon lâa rĂ©duite Ă une caricature pour nâavoir pas Ă la regarder. McCarthy ne disait pas seulement quâil existait des espions assez stupides pour voler des plans dans un tiroir. Il disait que le communisme avait compris quelque chose de plus dĂ©cisif : quâun pays se prend moins par ses frontiĂšres que par ses institutions, moins par ses usines dâarmement que par ce qui fabrique, dans la tĂȘte des gens, le rĂ©el lui-mĂȘme. DĂ©partement dâĂtat, universitĂ©s, syndicats, rĂ©dactions, bibliothĂšques, Ă©coles : non pas pour piquer un secret, mais pour orienter ce quâune civilisation croit ĂȘtre vrai, juste, enseignĂ©, publiable. Le scalpel Ă©tait souvent imprĂ©cis, les chiffres bougeaient, la mĂ©thode Ă©tait sloppy, et une partie des noms quâil agitait nâaurait jamais dĂ» lâĂȘtre. Cela ne change rien au diagnostic. Quand les cĂąbles de Venona ont Ă©tĂ© dĂ©classifiĂ©s en 1995, on a retrouvĂ© ce que lâintelligentsia avait passĂ© quarante ans Ă traiter comme une hallucination : Alger Hiss, les Rosenberg, Harry Dexter White, et des centaines dâAmĂ©ricains qui travaillaient pour Moscou pendant quâon expliquait aux collĂ©giens que le seul danger, câĂ©tait lâhomme qui osait le dire. On a utilisĂ© ses erreurs pour enterrer le phĂ©nomĂšne. On a brĂ»lĂ© le thermomĂštre. La fiĂšvre est restĂ©e. Car voici ce qui sâest passĂ© ensuite, et câest cela quâon refuse encore de nommer. LâURSS est morte en 1991. Le logiciel, non. Le communisme a perdu la guerre des tanks et gagnĂ© la guerre du compilateur. Gramsci lâavait Ă©crit avec une clartĂ© que nos manuels ont prĂ©fĂ©rĂ© noyer : tu ne prends pas le palais dâassaut, tu staffes le palais. Une fois que tu tiens lâĂ©cole, lâuniversitĂ©, la presse, le syndicat, la culture et demain la RH, tu nâas plus besoin du KGB. Le bĂątiment travaille pour toi. Le virus a simplement changĂ© dâenveloppe. La premiĂšre portait le parti, la carte, lâespion, Moscou ; on lâa reconnue, le mur est tombĂ©, et tout le monde a conclu trop vite que câĂ©tait fini. La seconde nâa plus besoin de faucille : elle avance avec un vocabulaire moral, des victimes permanentes, une raretĂ© quâil faut administrer, des intermĂ©diaires qui se rendent indispensables, et un soupçon gĂ©nĂ©ralisĂ© contre tout ce qui construit. MĂȘme charge utile, nouveau packaging. Câest pour cela que lâOccident a lâair rongĂ©. Pas parce quâun colonel russe est assis dans ton rectorat. Parce que le logiciel tourne tout seul, dans une Ă©cole qui enseigne dâabord Ă soupçonner, dans une universitĂ© oĂč la question nâest plus « est-ce vrai ? » mais « qui a le pouvoir de dire que câest vrai ? », dans une entreprise oĂč un fait devient une violence, dans un Ătat oĂč allouer le capital est un droit et oĂč le crĂ©er est presque une faute. La France teste cette architecture Ă 57 % du PIB. Ce nâest pas une coĂŻncidence culturelle. Câest le mĂȘme systĂšme dâexploitation. Le mot a disparu. La fonction est restĂ©e. Et ceux qui portent ça ne sont pas des monstres : ils ont reçu un logiciel, souvent par gĂ©nĂ©rositĂ©, souvent parce que le mot justice sonnait mieux que le mot responsabilitĂ©. Les mauvaises idĂ©es tuent dâabord ceux qui y croient. Une gĂ©nĂ©ration entiĂšre a appris Ă dĂ©construire et nâa jamais appris Ă construire. Une gĂ©nĂ©ration entiĂšre sait soupçonner et ne sait plus admirer. McCarthy avait raison sur lâessentiel : les institutions peuvent ĂȘtre prises, les idĂ©es peuvent coloniser un pays plus sĂ»rement quâune armĂ©e, et ceux qui le disent en premier sont toujours traitĂ©s comme le problĂšme. Une civilisation se reconstruit par les bĂątisseurs, pas par les commissaires du rĂ©cit. Par ceux qui croient que la vĂ©ritĂ© existe et quâelle vaut quâon sây consacre. Et au travail.